Les Gravures Rupestres du Sahel Burkinabé

Les gravures rupestres du Sahel burkinabè : Pobé-Mengao, Arbinda et Markoye

[inscrit sur la liste indicative le 24/01/2012]

Les gravures et les peintures sont les deux composantes de l’’art rupestre burkinabè. Les gravures sont des œuvres réalisées par abrasion sur des parois rocheuses. Elles constituent la composante la plus importante de l’art rupestre dans notre pays et forment deux ensembles régionaux. Le premier ensemble situé au nord comprend les sites de Pobé-Mengao, d’Arbinda et de Markoye et le second ensemble se trouve à l’ouest du Burkina Faso, représenté par les sites de Borodougou, Wimpéa et Dramandougou. Les gravures avant fait l’objet d’une inscription sont le premier ensemble à savoir Pobé-Mengao, d’Arbinda et de Markoye.

I- Les gravures rupestres du sahel (Nord) 

Les gravures rupestres du sahel burkinabè se divisent entre les stations de Pobé-Mengao, Markoye et Arbinda. Ces gravures ont été réalisées sur des formations rocheuses selon la technique du piquage, du polissage et du bouchardage. Les thèmes dominants sont ceux se référant au domaine animalier et végétal avec quelques incursions dans les figures géométriques abstraites. Mais chacun des sites possèdent des spécificités liées à la topographie, à la diversité des formes.

I.1. Pobé-Mengao, au Nord, dans la province du Soum, à 478 Km de la capitale, via l’axe Ouagadougou-Dori-Djibo (RN°22), se trouvent des gravures rupestres saisissantes révélant le lien entre nature et culture et s’étendant sur une superficie d’au moins 2 kms selon les travaux du docteur MILLOGO Kalo Antoine, 2001. Les datations au carbone 14 font remonter leur âge à une période antérieure au XIIème siècle après J.C. Des scènes de chasse (cavaliers, guerriers), des formes humaines et des animaux sont les représentations de ces gravures. On peut aussi découvrir des meules dormantes, des meules de jeux ‘’waré’’des roches lithophones, des vestiges archéologiques et des lieux d’inhumation. Sur un bloc oblong d’une longueur d’environ 3 mètres, d’une largeur d’environ 1,5 mètres et d’une hauteur d’environ 1,5 mètre, on note la présence d’un lithopone qui produit le son par percussion d’une pierre contre la paroi du bloc. Ses coordonnées géographiques sont 13°53’59 » N et 1°45’56 » W en DMS (degrés, minutes, secondes), altitude 324 mètres. On distingue ainsi à Pobé-Mengao plusieurs sites de gravures rupestres parmi lesquels on a le site de Yiripêlè, le site de Sénébouli et le site de Didjambo.

Image DSCPM

I.2. Markoye est le nom d’une commune située à l’Est de la province de l’Oudalan (Région du Sahel). D’après Jean-Baptiste Kiéthéga , c’est à proximité de Markoye, dans l’Oudalan, que les preuves les plus anciennes de la présence de l’homme au Burkina Faso ont été rassemblées. Il s’agit d’un matériel lithique composé de nucleus, de chopper, de chopping-tool et daté de -400 000 ans.

A partir de Ouagadougou, on peut atteindre Markoye par la route nationale N°3 qui est bitumée jusqu’à Dori. A partir de Dori, le reste du chemin n’est pas bitumée mais reste praticable toute l’année. Les sites de gravures se trouvent à quelques km à l’Est du village de Markoye.

Il n’y a pas de piste aménagée pour s’y rendre. Les passages sont éphémères et entrecoupés par des ravins et des ruisseaux aux lits sableux. La station rupestre de Markoye est formée de trois sites localisés sur des collines rocailleuses dont ils portent les noms. Ces sites sont Sorbaïa (14°39’822 N et  00°03’515 W), Tondo Loko (14°36.068’N 00°04.458’W) et Tondiédo (14°38’30’’16. 876 N et  00°03’34’’91.215E).

Ces sites de gravures ont fait l’objet d’études antérieures par des équipes de chercheurs. Les gravures rupestres de Markoye se répartissent sur les affleurements rocheux qui s’étendent à l’est du village. Ces affleurements s’élèvent du nord au sud où ils constituent de véritables chaos de blocs de tailles parfois impressionnantes. Daté approximativement entre 620 et 1212 ap. J.C, De façon générale, le fonds iconographique évoque des thèmes récurrents se référant à des motifs circulaires pourvus de décors internes très divers. Les concentrations des gravures, de même que les thématiques développées permettent de distinguer trois principales zones :

  • une zone nord centrée sur les affleurements de Sorbaia s’élevant peu au-dessus du sol. Les thèmes développés sont très abstraits et évoquent plutôt le monde végétal. On y note la présence de figures géométriques  (les spirales), et des reptiles (lézards, tortues)
  • une zone médiane, constituée du secteur de Tondiédo où dominent plutôt des figures géométriques ;
  • et une zone méridionale, la plus élevée et avec les plus gros blocs, connait des concentrations autour de Tondo Loko et Tondo Banda. Ce secteur sud voit se développer surtout la thématique animalière. On peut identifier d’une part des montures avec leurs cavaliers et d’autre part des animaux sauvages, comme les antilopes et des oiseaux (Autriche, outardes). Ce secteur laisse également voir une prolifération de figures géométriques (cercles), compartimentées par des « croix ». A ces figures dominantes, sont associés des éléments anthropomorphes, des empreintes de pieds, des armes, des sandales.

Ainsi de façon générale, on note l’absence remarquable de bovidés. Il y a par contre un foisonnement de chevaux et autres quadrupèdes, des antilopes, des lévriers, des cavaliers dressés sur leurs montures, des oiseaux sauvages tels que l’autruche les outardes, ainsi que d’autres motifs abstraits divers. On note aussi une abondance de motifs que les archéologues décryptent comme étant des carapaces de tortues.

I.3. Situé au nord dans la province du Soum, Arbinda est une commune distante de 368 kms de Ouagadougo. Elle est traversée par la route nationale 23 reliant Dori et Djibo et placé entre la longitude N.14.22036° et la latitude E 000.86329°. Arbinda, est un véritable foyer de vestiges dont les gravures rupestres demeurent l’élément le plus significatif. Ces gravures localisées à la périphérie des lieux d’habitations se trouvent sur trois principaux sites dont ceux de Kuru (14°13’13’’76.649 N et 00°51’48’’96.223 W), Wassa (14°13’15’’50.280 N 00°51’41’’33.723 W) et Wondo (14°13’18’’47.707 N 00°51’37’’39.111 W).

D’une manière générale, les motifs renvoient généralement à des représentations humaines, animalières (chevaux, autruche, outardes…) et géométriques telles que les lances à pointe triangulaire. Ces lances sont tenues par des individus et terminées par un long manche. Les pointes des lances sont striées de traits horizontaux leur octroyant l’aspect de larges feuilles. Les motifs humains renvoient à l’association homme-animal avec une prédominance des cavaliers portant des coiffures hérissées. Quant aux vestiges des habitations, ce sont aujourd’hui des amas éparses de blocs de granit (galets) ayant autrefois servi à la construction de cases rondes aujourd’hui disparues. Les contours des cases sont perceptibles jusqu’alors (plus de 5), ainsi que des meules dormantes et des tertres anthropiques. L’âge approximatif d’occupation des lieux est estimé au XIVème siècle ap. JC.

II- les gravures rupestres de l’Ouest

A l’Ouest du Burkina Faso, sur les sites de  Borodougou, Wempéa et Dramandougou on rencontre des représentations abstraites plus nombreuses que les motifs floraux et animaliers. Ces gravures ont été réalisées par poinçonnage avec des lignes continues ou discontinues.

A wempéa, le thème est surtout végétal, avec la représentation de fleurs (Photos 15, 16). On peut y déceler également des anthropomorphes (Photo 17) et des papillons (Photo 18). La technique de d’exécution et le piquetage. Les gravures de Dramandougou se présentent dans des abris au pied des falaises qui surplombent le village au nord-ouest. Les thèmes représentées ici sont accessoirement le floral comme à Wempéa (Photo 19), mais surtout de l’animalier. Alors des lignes sinueuses renvoient au serpent (Photo 20) ; on identifie également le lézard (Photo 21). De nombreux quadrupèdes renvoient à des félins, et autres animaux (Photo 22).

 

Ressources :

KIETHEGA J.B. 2009 : La métallurgie lourde du fer au Burkina Faso. Une technologie l’époque précoloniale. Karthala, Paris, 500p.

KOTE L.  2000 : Les recherches archéologiques et la question du Néolitique au Burkina Faso. Burkina Faso : Cent ans d’histoire 1895-1995 T1 pp 143-155. Karthala, Paris ; DPU, Ouagadougou

HENINGER J. 1954 : Abris sous roches de la région de Bobo Dioulasso. Notes Africaines n° 64 Oct. Pp97-99.

Barbaza M., Millogo A. K., Koté L. 1998. Pour un programme d’étude de l’art rupestre au Burkina Faso. International Newsletter On Rock Art, pp. 4 et 5, 1 fig.

Barbaza M. et Jarry M. 2003. Thèmes iconographiques et structure de representation dans l’art rupestre du Sahel : Sorbaia et Tondiédo à Markoye (Burkina Faso). In Art et symboles, du Néolithique à la Protohistoire (J. Guilaine éd.). Editions Errance, pp. 239-262, 21 fig.

Barbaza M. Jarry M. 2004. Le site de Tondiédo à Markoye (Burkina Faso). Elaboration d’un modèle théorique pour l’étude de l’art rupestre protohistorique du Sahel burkinabé. Sahara 15, pp. 83-96, 14 fig.

Barbaza M. 2005. Markoye : l’art rupestre du Sahel burkinabé. In Archéologies. 20 ans de recherches françaises dans le monde. Ministère des Affaires Etrangères. A.D.P.F. Maisonneuve et Larose éd., pp. 328-331.

Barbaza M. 2006. Le Sahel des siècles obscurs. Données croisées de l’art rupestre, de l’archéologie, des chroniques et des traditions orales. Préhistoire. Art et Sociétés. Société Préhistorique Ariège-Pyrénées, t. LX, 2005, pp. 61-102, 53 fig.

DUPRE G. GUILAUD D. 1986. Archéologie et tradition orale : contribution à l’histoire des espaces du pays d’Arbinda (Province du Soum ; Burkina FAso). Cahiers de l’ORSTOM, Série « Sciences Humaines » t. 22, 1 pp5-48.

ROUCH J. 1961 : Restes anciens et gravures rupestres d’Arbinda (Haute Volta) Etudes Voltaïque n°2 pp 62-67

ROUCH J. 1949 : Gravures rupestres de Kourki (Niger) Bullertin de l’I.F.A.N. t, XI 3-4, pp 340-353

URVOY Y. 1941 : Gravures d’Arbinda (Boucle du niger). Journal de la Société des Africanistes t. XI, pp1-6

http://www.creap.fr/AR-Burkina.htm

Fiche des gravures rupestres du Sahel burkinabè sur le site de L’UNESCO