Cour royale de Tiébélé

La cour royale de Tiébélé

[inscrit sur la liste indicative le 24/01/2012]

 

Tiébélé se trouve dans la commune rurale de Tiébélé dans la Province du Nahouri, centre sud du Burkina Faso. Située au pied d’une colline dans un paysage de plaine, la cour Royale de Tiébélé couvre un espace circulaire d’environ 1,2ha. L’entrée principale se situe au sud-ouest du site. La cour est caractérisée par une riche architecture traditionnelle de caractère défensif. Elle est entourée de hauts murs de clôtures reliées par des murs d’habitations. L’habitat Kasséna est entièrement construit en matériaux locaux, il n’y a aucune fondation, les murs sont élevés en terre façonnée. Après construction, les femmes appliquaient une décoration murale aux motifs et techniques variables. Cette pratique remonte au XVIème siècle. Les Kasséna font partie des groupes ethniques les plus anciens installés au Burkina Faso.

Le complexe royal se compose de concessions organisées chacune autour d’une maison mère. On dénombre en tout 32 maisons mères dans l’enceinte du palais. Le mur d’enceinte qui constitue la clôture du palais relie des maisons, renforce le caractère défensif du palais qui couvre une superficie de 1,2 ha. Les bâtiments sont très nombreux mais remplissent des fonctions différentes. On y trouve trois types de maisons correspondant aux catégories matrimoniales rencontrées dans le palais à savoir : les adultes d’un certain âge, les jeunes couples et les adolescents.

Les Dinian sont aussi appelées les maisons mères. Elles sont en forme de 8 et sont réservées aux personnes âgées, aux enfants et aux femmes célibataires (veuves). Avec sa forme alvéolaire, cette maison se possède deux compartiments (la cuisine et la chambre) circulaires juxtaposés communicants. L’accès à la maison se fait par une porte ovalaire de 90 cm de haut (environ).

Les Mangaloo sont les maisons réservées aux jeunes mariés. Ce sont des cases quadrangulaires comportant une seule pièce. Une natte en secco sert de fermeture. Sur le flanc gauche de la pièce, un lit en terre représente le seul aménagement. Ce lit haut de 60 cm environ mesure un peu plus de 2 mètres de long pour une largeur 1,60 mètre.

Les draa sont les maisons réservées aux adolescents et célibataires. Ce sont des cases rondes avec des toits en chaume. La porte est fermée généralement à l’aide d’une natte en secco. La maison a une seule pièce et ne comporte pas d’aménagements spéciaux.

Chaque année, juste avant la saison des pluies, les femmes procèdent collectivement à la décoration murale de leur case. C’est l’occasion de renouveler la décoration mais aussi de renforcer l’enduit qui protège leurs murs. Les matières utilisées pour obtenir les couleurs apparaissant dans la décoration sont diversifiées. Traditionnellement, les femmes kasséna utilisent la latérite (terre rouge) qu’elles prélèvent dans les environs du palais. L’argile boueuse ou terre collante, est prélevée dans les bas-fonds. D’autres roches telles que le kaolin et le graphite interviennent dans l’élaboration des colorants. La bouse de vache, la cendre, et certaines décoctions de végétaux sont également employées.

1 : Le filet pour ranger les calebasses (macramé)

2 : le morceau de calebasse : La calebasse est un ustensile de cuisine essentiel pour les femmes Kasséna. Le morceau de calebasse  signe de fragilité de la vie. Au quatrième jour du décès d’une femme, on casse ses calebasses et ses poteries sur le chemin qui mène chez ses parents en signe d’accompagnement car les Kasséna croient à la vie après la mort. La calebasse joue un rôle spirituel dans les rituels funèbres, d’accueil et durant les sacrifices.

3 : l’épervier (ou l’ail de l’épervier) : Seuls les croque-morts sont autorisés à consommer la chair d ‘épervier.

4 : la flèche rappelle la chasse. Quand elle est noire elle représente une flèche non empoisonnée (destinée à la chasse). Peinte en rouge, elle désigne une arme de guerre (empoisonnée),

5 : le tambour est un instrument de musique et de communication. Il accompagne le chef dans ses déplacements, annonce sa prise de parole.

6 : le pied de mil évoque l’agriculture. Le mil est considéré comme la céréale divine. Il est le symbole de la fertilité.

7 : la flûte, instrument de music utilisé dans diverses circonstances. Elle accompagne le tambour d’aisselle

8 : la crécelle représente un instrument de musique dont seules les femmes se servent aux cours des cérémonies rituelles. L’instrument est réalisé avec des petites calebasses remplies de cailloux et reliées par un morceau de bois.

9 : le filet de pêche (nasse). La pêche est une activité qui a sauvé les Kasséna lors des grandes famines.

10 : le python, symbole de la grand-mère,

11 : le margouillat est signe de vie et l’architecte des Kassena ;

12 : les pattes de la poule.

« Concernant les motifs, il existe un registre culturel de signe dans lequel les femmes puisent pour décorer les maisons. Cependant, cela ne les empêche pas d’être créatives et d’imaginer des éléments qui  pourraient apporter plus de splendeur au tableau tout en ne transgressant pas la culture […]

Les signes ont trait aussi bien aux totems et autres interdits lignagers (caïman, python…), aux activités
sociales quotidiennes (cuisine, agriculture, forge…) qu’à l’expression d’attentes et de souhaits divers comme la
protection des ancêtres, le bonheur dans la maison… C’est pourquoi, il existe des signes qui sont plus fréquents
que d’autres« . Ludovic Ouhonyioué Kibora 2017

 

Pour plus d’information contactez

KI Léonce, Directeur des Sites Classés Patrimoine Mondial, dscpmbf@gmail.com 

 

Indications Bibliographiques :

ESSÉSSÉ, A. (2007). Ma maison Kassena , dans la collection L’architecture et ses symboles expliqués aux
enfants. Paris. ED. Monde Global.

Choumil, C. (2012). Étude du système de reprise des eaux et de l’hydrofugation des cases de la cour royale de Tiébélé au Burkina Faso, master complémentaires en conservation et restauration de patrimoine culturel immobilier, Université de Liège.
Direction Générale du Patrimoine culturel (DGPC), (2008), Cour royale de Tiébélé, Burkina Faso, , CRATerre éditions.

Koutiangba, K.M.C., 2006, La décoration murale de l’habitat Kasena : cas de Tiébélé, mémoire de maîtrise de sociologie, UFR/SH, Université de Ouagadougou,

 

Fiche de la Cour Royale de Tiébélé sur le site de L’UNESCO